Pour la pomme que vous croquerez ce soir, l'omnibus pesticides ne change encore rien : les États membres ont adopté leur position le 30 septembre 2026, mais le Parlement européen n'a pas encore voté. Les pesticides dans les fruits et légumes restent surveillés, et des gestes simples, du lavage au choix du bio, en réduisent les résidus. Les chiffres qui suivent viennent du rapport 2024 de l'EFSA, l'Autorité européenne de sécurité des aliments, et des documents officiels de l'UE.
Une corbeille de fruits sur la table, un grain de raisin picoré en passant, et puis, à la radio, le mot « omnibus » accolé à celui de pesticides. Forcément, une question arrive. Que change ce texte pour votre assiette, et que pouvez-vous faire dès aujourd'hui ?
Ingénieur ISTOM, fondateur de Biovie depuis 2007, j'ai aussi passé une dizaine d'années chez Bio Bourgogne à accompagner la conversion de fermes au bio : lire un rapport de contrôle avant un titre de presse est devenu un réflexe. Voici donc le texte, puis les contrôles, puis les gestes, sans aucun pronostic sur le vote.
Omnibus pesticides : ce que contient le texte européen
Le mot « omnibus » évoque le train qui s'arrête à toutes les gares. Un omnibus législatif est un texte unique qui modifie plusieurs règlements d'un coup, ici dans la sécurité des aliments, pesticides dans les fruits et légumes compris. En réalité, rien n'est encore joué. Le texte n'est pas adopté : il doit encore être voté par le Parlement puis négocié avec les États membres.
Ce que propose la Commission (décembre 2025)
En décembre 2025, la Commission européenne a présenté un paquet de « simplification de la sécurité des aliments et des aliments pour animaux », en deux textes : COM(2025) 1030 et COM(2025) 1021. Côté pesticides, elle annonce des procédures de renouvellement « plus ciblées » et un accès plus rapide au marché pour les produits de biocontrôle. Les règles sur les résidus des produits importés seraient, elles, renforcées.
Alors bien sûr, accélérer le biocontrôle, l'ingénieur que je suis le comprend très bien.
Ce que les États membres ont validé le 30 septembre
Le 30 septembre 2026, les ambassadeurs des Vingt-Sept réunis au Coreper ont adopté le mandat de négociation du Conseil de l'UE. Selon le Conseil, ce mandat maintient le principe d'abaisser à la limite de quantification (le plus petit niveau mesurable de façon fiable) les limites maximales de résidus, ou LMR, des substances les plus dangereuses.
Selon PAN Europe, ONG opposée au texte, ce mandat porte la durée maximale des premières autorisations à 15 ans et celle des renouvellements à 25 ans, réserve les autorisations sans limite de durée aux substances « à faible risque » et allonge jusqu'à 3 ans les délais d'écoulement après un retrait. Vingt-cinq ans, c'est à peu près une génération. Ces chiffres sont ceux de PAN Europe, et le texte définitif peut encore évoluer.
Où en est le Parlement européen
Le 17 septembre 2026, plus de 500 scientifiques et médecins, à l'initiative de la professeure Martina Vijver, ont remis une lettre ouverte demandant une pause en attendant une évaluation indépendante (université de Leyde). Le vote commun des commissions AGRI et ENVI, prévu le 5 octobre, a été reporté jusqu'à nouvel ordre. Aucune nouvelle date n'est connue.
Ce que disent les parties prenantes
Pour Générations Futures (dossier de presse du 3 septembre 2026) comme pour PAN Europe, l'omnibus est une déréglementation ; la Commission parle, elle, de simplifier en maintenant un haut niveau de protection.
En France, l'ONG Pollinis a publié le 24 septembre 2026 un rapport, « Anses, l'expertise sous pression », qui décrit une agence sous contrainte budgétaire (franceinfo). Elle y relève 138 dérogations de 120 jours accordées depuis début 2026, contre 110 sur toute l'année 2025 et 83 en 2024 : le total de 2025 est dépassé avant la fin de l'année. Un rapport d'ONG reste un rapport d'ONG, et l'Anses demeure l'agence d'évaluation de référence en France.
Pesticides dans les fruits et légumes : ce que mesurent les contrôles européens
Les chiffres 2024 de l'EFSA
Dans les programmes nationaux de l'UE, 58,4 % des échantillons d'aliments analysés en 2024 ne contenaient aucun résidu de pesticide quantifiable, 38,3 % en contenaient sous la limite légale et 3,3 % la dépassaient, dont 1,8 % jugés non conformes, selon le rapport de l'EFSA publié le 5 mai 2026.
Concrètement, sur dix échantillons, près de six ne contenaient rien de mesurable. Le périmètre est large. Plus de 125 000 échantillons ont été prélevés dans les 27 États membres, en Norvège et en Islande. Ces chiffres couvrent tous les aliments contrôlés, fruits et légumes compris.
| Programme (EFSA, données 2024) | Aucun résidu quantifiable | Résidus sous la LMR | Dépassement de LMR (dont non conforme) |
|---|---|---|---|
| Programme coordonné UE (9 842 échantillons, 12 produits) | 43,1 % | 54,5 % | 2,4 % (dont 1,2 %) |
| Programmes nationaux (86 449 échantillons, tous aliments) | 58,4 % | 38,3 % | 3,3 % (dont 1,8 %) |
| Contrôles à l'importation (39 433 échantillons) | 38,3 % | 56,2 % | 5,5 % (dont 3,6 %, bloqués à la frontière) |

« Dépassement » et « non conforme » : pas la même chose
Pensez à la limitation de vitesse en ville. Le panneau « 50 » ne dit pas à partir de quelle vitesse l'accident devient certain : il fixe une règle commune. Une limite maximale de résidus est une limite légale fixée aliment par aliment, pas un seuil de toxicité.
Le radar, lui, tient compte de sa propre marge d'erreur avant de verbaliser. Les laboratoires font pareil : un dépassement mesuré ne devient « non conforme » qu'une fois l'incertitude de mesure prise en compte, d'où 3,3 % de dépassements mais seulement 1,8 % de non-conformités dans les programmes nationaux.
Ah bon, un aliment conforme peut donc contenir des résidus ? Oui, tant qu'ils restent sous la limite, comme dans 38,3 % des échantillons nationaux.
Produits bio, produits importés
Sur les 5 939 échantillons bio analysés (6,9 % du total), 80,4 % ne contenaient aucun résidu quantifiable, 18,8 % en contenaient sous la LMR et 0,9 % au-dessus. Quatre échantillons bio sur cinq, donc, sans rien de mesurable. Les produits bio contiennent nettement moins souvent des résidus quantifiables, sans en être totalement exempts.
Côté importations, 5,5 % des échantillons dépassaient une LMR, contre 3,3 % dans les programmes nationaux. J'en parle plus longuement en racontant ce que nous voyons comme importateur de fruits : un fruit voyage avec les pratiques de la ferme qui l'a produit.
Ce que l'EFSA conclut sur le risque, et ce qu'elle n'évalue pas
L'EFSA juge le risque « faible » pour le consommateur, en raisonnant substance par substance : pour 333 des 334 substances évaluées, la probabilité de dépasser la dose journalière admissible est inférieure à 1 personne sur 1 000 000. À l'échelle d'une métropole d'un million d'habitants, cela ferait moins d'une personne.
Un point mérite pourtant d'être connu : 25,5 % des échantillons contenaient plusieurs résidus, soit environ un sur quatre. L'évaluation de routine ne porte pas sur ces mélanges : elle examine chaque substance séparément. Je reste persuadé que l'ignorance est un choix, et connaître les limites d'un rapport, c'est déjà reprendre un peu la main.
Quels fruits et légumes contiennent le plus de pesticides ?
Tapez « pesticides fruits et légumes » dans un moteur de recherche, et vous tomberez vite sur des listes de « 15 fruits et légumes sans pesticides » ou, à l'inverse, des plus traités. La plupart viennent d'un classement américain fondé sur des analyses américaines. Les pratiques agricoles et les origines diffèrent, et ces listes ne se transposent pas telles quelles en Europe.
Franchement, une liste rassure.
Le programme coordonné européen fonctionne autrement, puisqu'il change chaque année de panier, avec une douzaine de produits différents. En 2024, les taux de dépassement de LMR les plus élevés concernaient les poivrons (4,7 %), les raisins de table (4,3 %) et les pamplemousses (3,7 %), selon l'EFSA. Pour les poivrons, cela fait un peu moins d'un échantillon sur vingt.
Autre question fréquente : les fruits et légumes d'Espagne et les pesticides. Un fruit espagnol vendu en France obéit aux mêmes LMR européennes qu'un fruit français, et le pays de production est indiqué sur l'étiquette des fruits et légumes frais. L'origine et le mode de culture en disent plus long qu'une liste figée, d'autant que le panier contrôlé change d'une année sur l'autre.
Et puis, gardons l'essentiel en tête. Dans le cadre d'une alimentation variée et équilibrée et d'un mode de vie sain, manger des fruits et légumes reste la priorité, bio ou non.
Comment éliminer les pesticides des fruits et légumes : ce qui marche vraiment
Le premier geste, vous le faites sans doute déjà : passer le fruit sous l'eau en le frottant. Reste à savoir jusqu'où aller.
Laver : eau claire ou bicarbonate ?
Une étude en laboratoire a porté sur des pommes Gala bio traitées avec deux pesticides : le thiabendazole, un fongicide, et le phosmet, un insecticide (Yang et al., 2017). Les chercheurs ont comparé l'eau du robinet, l'eau de Javel diluée et un bain d'eau bicarbonatée à 1 % (environ 10 g par litre). Le bicarbonate s'est montré le plus efficace, mais il a fallu 12 à 15 minutes de trempage pour retirer 80 % du thiabendazole et 96 % du phosmet présents en surface.

Quinze minutes, c'est le temps d'un café : rien à voir avec un rinçage express. Le thiabendazole avait aussi pénétré jusqu'à 80 micromètres dans le fruit, à peu près l'épaisseur d'une feuille de papier, et le phosmet jusqu'à 20. Le bain agit sur la surface ; ce qui est entré dans le fruit relève plutôt de l'épluchage.
L'étude porte sur un seul fruit et deux pesticides, testés en laboratoire : le « 98 % » qui circule sur les réseaux sociaux ne vient pas de là. Pour l'eau elle-même, j'ai détaillé les pesticides présents dans l'eau du robinet ; pour la congélation, voyez « faut-il laver les fruits avant de les congeler ».
Éplucher, blanchir, transformer
Une méta-analyse (Keikotlhaile et al., 2010) a passé en revue lavage, épluchage, blanchiment, ébullition, jus et conserve : ces étapes réduisent les résidus, avec un rapport moyen « résidu après / résidu avant » de 0,10 à 0,82 selon la méthode. Dit autrement, on retire de 18 à 90 % des résidus de départ. Certaines transformations, comme la cuisson au four, montrent même parfois des hausses.
L'épluchage retire aussi une partie des fibres et des composés de la peau, et c'est un vrai arbitrage. J'ai d'ailleurs classé les méthodes de transformation des légumes, de la moins à la plus respectueuse de l'aliment.
Choisir bio
Une méta-analyse de 343 publications a trouvé des résidus de pesticides quatre fois plus souvent dans les cultures conventionnelles que dans les cultures bio (Barański et al., 2014), ce qui rejoint les 80,4 % d'échantillons bio sans résidu quantifiable de l'EFSA. Le bio interdit les pesticides de synthèse, mais pas la dérive d'un champ voisin : on parle de résidus moins fréquents, jamais de zéro. Cette méta-analyse ne démontre en revanche aucun bénéfice santé chez l'humain.
Chez Biovie, par exemple, les fruits du dragon (pitayas) bio viennent d'Espagne, à déguster crus dans le cadre d'une alimentation variée et équilibrée et d'un mode de vie sain.