Un bassin de spiruline fournit environ 20 fois plus de protéines qu'un champ de soja de même surface et demande, à protéines égales, le quart de son eau : c'est pour ces rendements, et parce que les micro-algues se cultivent sur des terres marginales, que la FAO y voit une piste sérieuse pour l'alimentation de demain. Ces ordres de grandeur sont tirés de deux rapports de la FAO, publiés en 2008 et en 2021.
Le 16 octobre 2026, la FAO célèbre la Journée mondiale de l'alimentation sur le thème « Innover aujourd'hui pour nourrir demain » (FAO, 2026). Parmi les pistes qu'elle étudie depuis longtemps, il y en a une que vous ne verrez jamais à l'œil nu : les micro-algues, dont la place dans l'alimentation intéresse la FAO depuis des années.
Pour ma part, je suis ingénieur ISTOM, j'ai fondé Biovie en 2007 et co-écrit un livre entier sur les algues : ces rapports de la FAO, je les lis donc avec gourmandise (et avec un crayon rouge, parce que les chiffres qui circulent sur la spiruline sont rarement sourcés). Voici le parcours : ce que la FAO met en avant, ce que valent ses chiffres, ce qui est déjà dans votre cuisine et ce qui reste au laboratoire.
Micro-algues et alimentation : ce que la FAO met en avant
Les micro-algues sont considérées comme un aliment d'avenir parce qu'elles se cultivent en eau douce ou marine, y compris sur des terres marginales et en zones arides, et que la spiruline produit bien plus de protéines par unité de surface que les cultures classiques. C'est la position de la FAO (Habib et al., 2008 ; Cai et al., 2021).
Concrètement, une micro-algue est un organisme minuscule, fait d'une seule cellule ou de filaments, qui vit dans l'eau et capte la lumière comme une plante. Les deux que vous connaissez sans doute n'appartiennent d'ailleurs pas au même monde. La spiruline est une cyanobactérie, la chlorelle une micro-algue verte (Cai et al., 2021).
Dès 2008, la FAO jugeait que la spiruline avait un « potentiel considérable », notamment en petite culture, pour la nutrition, les revenus et l'environnement (Habib et al., 2008). Le mot qui retient mon attention, c'est « petite culture ».
Prenez le lac Tchad. La spiruline qui y est récoltée se mange pour ses protéines et ses micronutriments, et la FAO estime qu'elle a aidé à améliorer l'état nutritionnel des populations (Cai et al., 2021). Pas besoin de laboratoire ni de photobioréacteur : juste un lac et des gens qui savent récolter.
C'est tout le sens de l'expression « aliment du futur » appliquée aux micro-algues : une ressource déjà récoltée, que la FAO voudrait voir mieux valorisée.
Surface, eau, protéines : les chiffres de la FAO et leurs limites
Les comparaisons de la FAO ont de quoi donner le vertige. Ramenée à une même surface, la spiruline fournirait environ 20 fois plus de protéines que le soja, 40 fois plus que le maïs et plus de 200 fois plus que le bœuf (Habib et al., 2008). Autrement dit, un bassin quarante fois plus petit qu'un champ de maïs donnerait, sur le papier, autant de protéines.
Côté eau, l'écart va dans le même sens. Voici les ratios publiés par la FAO en 2008 :
Spiruline comparée à
Protéines par unité de surface
Eau pour la même quantité de protéines
Soja
Environ 20 fois plus
25 % de l'eau du soja
Maïs
40 fois plus
17 % de l'eau du maïs
Bœuf
Plus de 200 fois plus
2 % de l'eau du bœuf
Il faudrait environ 2 100 litres d'eau pour produire un kilo de protéines de spiruline (Habib et al., 2008). Pour une région aride, où chaque litre se discute, c'est sans doute l'argument qui parle le plus.
Ce que disent vraiment ces chiffres
Franchement, je les cite avec précaution. Ce sont des ordres de grandeur publiés en 2008, sans source primaire détaillée dans le rapport, et ils varient selon le climat et le mode de culture. Lisez-les comme une comparaison indicative, à manier avec des pincettes.
55 %, 60 %, 70 % : pourquoi les pourcentages de protéines varient
Sur bien des sites, vous lirez tantôt 60 %, tantôt « plus de 70 % » de protéines, presque toujours sans source. Le rapport de la FAO donne lui-même 55 à 70 % du poids sec selon les études citées, et 59 à 65 % dans un autre passage, contre 35 % pour le soja sec (Habib et al., 2008). La table de composition de l'USDA retient 57,5 g de protéines pour 100 g de spiruline séchée (USDA, 2019) : un peu plus de la moitié de la poudre, donc.
Tout le monde a un peu raison. L'écart tient à la souche, aux conditions de culture et à la méthode d'analyse : une spiruline n'est pas l'autre. Et puis un chiffre sans source, même juste, ne vous apprend rien sur ce qu'il y a dans votre sachet.
Une production mondiale encore minuscule
Comment un aliment d'avenir peut-il peser si peu ? En 2019, le monde a cultivé et récolté 35,82 millions de tonnes d'algues en poids humide, dont seulement 56 456 tonnes de micro-algues (Cai et al., 2021). La spiruline en représente 56 208 tonnes, cultivées dans 10 pays ; le reste, 248 tonnes, correspond à quatre micro-algues vertes produites dans 4 pays.
Moins de 0,2 % du tonnage d'algues cultivées. C'est minuscule. Sur mille seaux d'algues récoltées dans le monde, moins de deux contiendraient des micro-algues.
Voilà pourquoi le rapport de 2021 parle, dès son titre, de « libérer leur potentiel » : la place des micro-algues dans l'alimentation mondiale reste une niche, et la spiruline y occupe presque tout l'espace.
Ce qui est déjà dans votre cuisine : spiruline, chlorelle, phycocyanine
Les tonnages mondiaux restent abstraits tant qu'on ne parle pas d'assiette. Bon, passons à l'assiette. Trois ingrédients se cuisinent déjà, et vous en avez peut-être un dans votre placard.
Spiruline
Tapez « spiruline bienfaits » dans un moteur de recherche, et vous tomberez sur des listes de promesses. Je préfère partir de ce qu'on mesure vraiment. La spiruline séchée contient 57,5 g de protéines et 28,5 mg de fer pour 100 g (USDA, 2019).Ce sont des valeurs de composition : elles décrivent le contenu de la poudre, et rien de plus.
Elle se cuisine comme un ingrédient parmi d'autres, dans le cadre d'une alimentation variée et équilibrée et d'un mode de vie sain. Chez Biovie, nous la proposons en pavé de spiruline fraîche ou surgelée en palets, à émietter dans une vinaigrette ou un smoothie. Si vous vous demandez quels sont les bienfaits de la spiruline au-delà de sa composition, j'ai réuni ses usages et précautions dans un guide complet ; et si son goût vous freine, voici de quoi apprivoiser le goût de la spiruline.
Chlorelle
La chlorelle, elle, est une micro-algue verte consommée dans l'Union européenne avant 1997. En 2022, une consultation traitée pour la Commission européenne a confirmé que la chlorelle, dont Chlorella vulgaris et Chlorella sorokiniana, n'est pas un « nouvel aliment », en complément comme en ingrédient de boulangerie, de pâtes ou de boissons (Commission européenne, 2022). En clair, elle a sa place dans l'assiette européenne depuis assez longtemps pour échapper aux procédures réservées aux aliments inédits.
En cuisine, sa poudre vert sombre se glisse dans un smoothie ou une pâte fraîche. Première marche, sans matériel ni recette : ajoutez-en une petite quantité au jus ou au smoothie que vous préparez déjà, juste de quoi le verdir, dans le cadre d'une alimentation variée et équilibrée et d'un mode de vie sain.
Phycocyanine
Reste la phycocyanine, un pigment d'un bleu franc qu'on utilise en cuisine pour la couleur. Elle fait virer au bleu lagon un lait de souchet maison ou un glaçage. Vous la trouverez chez nous sous forme de phycocyanine en poudre, et j'ai expliqué ailleurs ce qu'on appelle la spiruline bleue.
Pour s'y retrouver d'un coup d'œil :
Critère
Spiruline
Chlorelle
Phycocyanine
Ce que c'est
Une cyanobactérie
Une micro-algue verte, pas un « nouvel aliment » dans l'UE
Un pigment bleu
Formes chez Biovie
Fraîche en pavé, surgelée en palets
Poudre bio
Poudre
En cuisine
Vinaigrettes, smoothies
Smoothies, sauces, pâtes vertes
Lait de souchet maison, glaçages
Si vous débutez, la chlorelle en poudre est sans doute la plus simple à apprivoiser : elle se mélange en quelques secondes à ce que vous buvez déjà.
Ce qui reste au laboratoire : l'exemple de la vitamine B12
Pensez à une clé qui entre parfaitement dans une serrure, mais ne la fait pas tourner. C'est la pseudo-vitamine B12 : une molécule qui ressemble à la vraie, que certains dosages comptent comme telle, mais que notre organisme ne sait pas utiliser.
On n'est pas ce qu'on mange, mais ce qu'on assimile.
En 1999, des chercheurs ont analysé en laboratoire des comprimés de spiruline. 83 % des composés de type B12 qu'ils contenaient étaient de la pseudo-B12, inactive chez l'humain, et le dosage microbiologique surestimait la teneur de 6 à 9 fois (Watanabe et al., 1999). Ce qui veut dire que, sur une étiquette qui affiche une belle quantité de B12, l'essentiel peut être une clé qui ne tourne pas.
Alors, pourquoi tant de pages listent-elles encore la B12 parmi les atouts de la spiruline ? En bonne partie à cause de ce mode de dosage, qui ne distingue pas les deux formes.
La piste de demain existe pourtant. En 2024, une équipe a cultivé de la spiruline en photobioréacteur, sous un éclairage contrôlé, et obtenu 1,64 µg de B12 active pour 100 g, contre 0,7 à 1,5 µg pour 100 g dans le bœuf (Tzachor et al., 2024). L'étude, publiée en 2024 et médiatisée fin août 2026, rappelle un besoin de référence de 2,4 µg par jour. Sur le papier, c'est une avancée remarquable pour celles et ceux qui mangent végétal.
Mais il s'agit d'une culture expérimentale, sans essai chez l'humain, et non d'un produit du commerce.La spiruline du commerce ne doit pas être considérée comme une source de vitamine B12. Végan depuis 1992, je mesure combien cette question compte pour ceux qui mangent comme moi : raison de plus pour ne pas se tromper de source.
Qualité et précautions : ce que dit l'ANSES
Une micro-algue pousse dans l'eau qu'on lui donne : si cette eau est souillée, la récolte l'est aussi. La qualité fait tout.
En 2017, l'ANSES a rendu un avis sur la spiruline après avoir reçu 49 déclarations d'effets indésirables jusqu'en février de la même année (ANSES, 2017). Sa conclusion : « en dehors du risque de contamination, la spiruline ne semble pas présenter de risque sanitaire à de faibles doses (jusqu'à plusieurs grammes par jour) ». Ces 49 déclarations sont justement ce qui a permis à l'agence de séparer le risque lié à l'ingrédient de celui lié à sa qualité.
Ses points de vigilance tiennent en peu de lignes :
la contamination, par des cyanotoxines, des bactéries ou des métaux comme le plomb, le mercure et l'arsenic ;
la phénylcétonurie, pour laquelle l'ANSES déconseille la spiruline ;
un terrain allergique.
En réalité, c'est la seule réserve qui compte, et elle porte sur l'origine de la spiruline bien plus que sur l'ingrédient lui-même. Consommée à faibles doses, dans le cadre d'une alimentation variée et équilibrée et d'un mode de vie sain, une spiruline de qualité s'utilise comme n'importe quel ingrédient. Le risque tient à la qualité de la culture, d'où l'intérêt de regarder la provenance et les analyses de lot. J'ai détaillé comment choisir une spiruline de qualité dans un guide d'achat.
Des algues au quotidien : la Global Seaweed Coalition et l'avenir de la filière
En avril 2023, la Safe Seaweed Coalition, lancée par le Pacte mondial des Nations unies et la Lloyd's Register Foundation avec le CNRS, est devenue la Global Seaweed Coalition (UN Global Compact, 2023). Elle réunit près de 1 000 membres autour d'une mission : faire émerger une filière mondiale des algues, avec des normes de sécurité fondées sur la science. Près d'un millier d'acteurs autour de la même table, le sujet n'a plus rien de confidentiel.
Précision importante : cette coalition s'occupe des algues marines, les macro-algues, et non des micro-algues. Elle partage pourtant la logique de la FAO : produire davantage de nourriture, à condition de garantir sa sécurité. Alors bien sûr, une coalition ne remplit pas une assiette, et les chiffres de la FAO sur la spiruline datent de 2008.
Espérons que les prochaines Journées mondiales de l'alimentation trouvent davantage de micro-algues dans l'alimentation de tous les jours, et un peu moins de promesses sur les étiquettes. En attendant, le geste le plus simple reste à votre portée : un peu de chlorelle ou de spiruline fraîche dans le smoothie de demain matin. Chacun à son rythme.
La chlorelle bio est une microalgue d'eau douce, plus riche en chlorophylle que la spiruline mais moins riche en protéines. Chez Biovie, seule la chlorelle à paroi cellulaire lysée est proposée : une étape indispensable pour la rendre digeste, souvent négligée par d'autres marques. La recommandation générale est de 5 g par jour, en cure ou au long cours, selon votre besoin du moment. C'est un bon complément à la spiruline plutôt qu'un substitut, les deux algues ayant des profils nutritionnels différents et pouvant tout à fait se combiner dans une même routine., 1
produit
Pourquoi les micro-algues sont-elles considérées comme un aliment d'avenir ?
Parce que, selon la FAO, la spiruline produit environ 20 fois plus de protéines par unité de surface que le soja, avec un quart de son eau à protéines égales. Les micro-algues se cultivent en eau douce ou marine, y compris sur des terres marginales et en zones arides.
Est-il bon de consommer de la spiruline tous les jours ?
Selon l'ANSES (2017), une consommation à faibles doses, jusqu'à plusieurs grammes par jour, ne semble pas présenter de risque sanitaire, en dehors du risque de contamination. La qualité passe donc en premier : origine connue, analyses de lot, dans le cadre d'une alimentation variée et équilibrée et d'un mode de vie sain.
Quand ne faut-il pas prendre de la spiruline ?
L'ANSES déconseille la spiruline aux personnes atteintes de phénylcétonurie et à celles qui ont un terrain allergique. Elle rappelle aussi le risque de contamination (cyanotoxines, bactéries, métaux) lorsque l'origine est douteuse. En cas de doute, demandez l'avis d'un professionnel de santé avant d'en consommer.
Quels sont les avantages et les inconvénients de la spiruline ?
Côté avantages, sa composition : 57,5 g de protéines et 28,5 mg de fer pour 100 g de spiruline séchée, selon l'USDA. Côté limites, elle n'est pas une source fiable de vitamine B12, car la B12 qu'on y mesure est surtout une forme inactive, et une origine douteuse expose à des contaminations. D'où l'importance de bien la choisir.
Quel est le meilleur moment de la journée pour consommer de la spiruline ?
Aucune donnée scientifique ne fixe de meilleur moment. Le plus simple est de l'intégrer à un repas ou à une boisson que vous prenez déjà, par exemple un smoothie le matin ou une vinaigrette le midi. L'essentiel reste la régularité qui vous convient, à votre rythme, plutôt qu'un horaire précis.
Quelle différence entre spiruline et chlorelle ?
La spiruline est une cyanobactérie, la chlorelle une micro-algue verte, selon la FAO. Les deux se consomment déjà en Europe : la Commission européenne a confirmé en 2022 que la chlorelle n'est pas un nouvel aliment. En cuisine, la spiruline fraîche se glisse dans les vinaigrettes, la chlorelle en poudre dans les smoothies et les pâtes vertes.
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Consultez un professionnel de santé avant toute modification de votre alimentation ou supplémentation.