La laitue de mer alimentaire que nous vendons chez Biovie et l'algue verte qui s'échoue par tonnes dans la baie de Saint-Brieuc, c'est exactement la même espèce : Ulva armoricana. Ce qui change tout, c'est le milieu de récolte. Cueillie vivante en eau saine à Roscoff, c'est l'une des meilleures sources de minéraux marins qui existent. Échouée par centaines de tonnes dans une baie saturée de nitrates agricoles, elle pourrit et libère un gaz mortel qui a déjà coûté la vie à trois personnes depuis 1989 — des décès longtemps minimisés ou contestés par les pouvoirs publics et l'agro-industrie, comme l'a montré le film Les Algues vertes de Pierre Jolivet (2023).
Voilà des années que je travaille avec les algues alimentaires bretonnes et que je vois le grand public confondre ces deux réalités. Cet article est là pour démêler une fois pour toutes ce malentendu — et pour dire pourquoi cette confusion arrange beaucoup de monde, sauf les Bretons et les consommateurs.
La même algue, deux destins : comprendre le paradoxe d'Ulva
Franchement, il faut commencer par dire les choses simplement. Ulva armoricana, dans le nord de la Bretagne. Ulva rotundata, plutôt dans le sud. Ces deux ulves — appelées familièrement « ulves » ou « laitues de mer » parce que leur thalle vert tendre rappelle une feuille de salade — sont les mêmes algues que celles qu'on commercialise séchées ou fraîches dans la filière alimentaire bio. Pas une cousine éloignée. Pas une espèce distante. La même.
Je sais que c'est contre-intuitif. Quand on lit « marée verte » dans la presse depuis vingt ans, on imagine une espèce nuisible, étrange, exogène. La réalité est tout autre.
Le plus surprenant, c'est que la préfecture de Bretagne elle-même reconnaît la comestibilité de l'algue verte dans ses communications officielles. Voici le passage exact, repris sur le site de la préfecture : « Les algues vertes font partie de l'écosystème marin breton. Elles sont communément appelées 'laitue de mer' pour leur aspect de grosse salade et parce qu'elles sont comestibles. »
Voilà. Une institution publique, qui surveille le phénomène depuis trente ans, dit noir sur blanc que cette algue est comestible. Et pourtant, l'image qui domine dans la tête du grand public, c'est celle de la plage qui tue. Cette confusion n'est pas neutre. Elle protège ceux qui devraient répondre du vrai problème — qui n'est pas l'algue, mais le milieu dans lequel elle prolifère.
Comment naît une marée verte : trois conditions, jamais l'algue seule
Le CEVA (Centre d'étude et de valorisation des algues) travaille sur ces marées vertes depuis quatre décennies. Leur conclusion est limpide : il faut trois facteurs réunis simultanément pour qu'une marée verte se déclenche. Si un seul manque, rien ne se passe.
Concrètement, voilà les trois pieds du tabouret :
La géographie : baies enclavées, faibles fonds, eaux claires
- Une baie sableuse, peu profonde, fermée sur elle-même.
- Un faible hydrodynamisme — peu de courants pour disperser la biomasse.
- Des eaux claires qui laissent passer la lumière jusqu'au fond.
- Sans ce type de configuration, l'ulve n'a pas où s'accumuler ni de quoi photosynthétiser massivement. Ce facteur, on ne peut rien y changer — c'est la nature des côtes.
Les nitrates agricoles : plus de 90 % de la cause selon la Cour des comptes
C'est là qu'on touche au cœur du problème. Un excès massif d'azote, sous forme de nitrates, est déversé dans la baie via les fleuves côtiers. Selon le rapport de la Cour des comptes de juillet 2021, plus de 90 % de ces nitrates sont d'origine agricole. C'est le seul levier d'action réel.
Et puis il y a un fait que je trouve, personnellement, sidérant : les Côtes-d'Armor figurent parmi les départements les plus densément peuplés en élevage porcin de France, avec une concentration qui s'est très fortement accrue depuis les années 2000. Voilà d'où viennent les nitrates qui ruissellent vers la mer. La France a été condamnée deux fois par la Cour de justice de l'Union européenne, en 2002 et 2013, pour non-respect de la directive Nitrates. Deux fois. Et le phénomène continue. C'est toujours la même chose : les pollueurs comptent sur les contribuables pour régler les problèmes qu'ils fabriquent.
Ulva, l'opportuniste qui prolifère
Ulva armoricana dans le nord, Ulva rotundata dans le sud. Ces algues ont une caractéristique : elles savent croître très vite quand l'azote est disponible. Donnez-leur des nitrates, elles répondent présentes.
Quand on regarde la carte des marées vertes, ça saute aux yeux : selon les données du CEVA reprises par la Cour des comptes (2021), huit baies bretonnes concentrent à elles seules la quasi-totalité des échouages massifs du littoral. Saint-Brieuc, Saint-Michel-en-Grève, la baie de Douarnenez, l'anse de l'Horn-Guillec… Toujours les mêmes. Pourquoi ? Parce que ce sont les baies où les trois facteurs se cumulent. Et la facture pour le contribuable est lourde : la Cour des comptes a estimé le seul plan de lutte PLAV 1 (2010-2015) à 117 millions d'euros, suivi d'un PLAV 2 (2017-2021) à 60 millions sur cinq ans. C'est l'argent public qui répare ce que l'agro-industrie ne paie pas.

Pourquoi l'algue, elle, n'est pas toxique : c'est sa putréfaction qui tue
Voici un point que les médias confondent constamment, et qui pourtant est crucial : l'ulve, en elle-même, n'est absolument pas toxique. Ni pour l'homme, ni pour les animaux. Ce n'est pas elle qui tue. C'est sa décomposition.
Le mécanisme du H2S : 24 à 48 heures sous une croûte qui piège
Quand des centaines de tonnes d'ulves s'échouent sur une plage, voici ce qui se passe. Les premières couches au contact de l'air se dessèchent et forment une croûte jaunâtre, parfois blanchâtre, quasi hermétique, comme un couvercle géant. Sous cette croûte, dans les couches inférieures, l'algue commence à fermenter. Sans oxygène. C'est de la fermentation anaérobie, et elle libère plusieurs gaz, dont l'hydrogène sulfuré (H2S).
Le H2S, c'est cette odeur d'œuf pourri caractéristique. À faible concentration, c'est désagréable. À forte concentration, c'est mortel — en quelques inhalations. Le seuil d'alerte fixé par le Haut Conseil de la Santé Publique en 2021 est d'1 ppm. Air Breizh, qui surveille les sites bretons, a mesuré des dépassements de ce seuil sur trois sites bretons en 2023.
Le piège, c'est que la croûte sèche masque le danger. On marche dessus, on l'enfonce, et on libère brutalement le gaz piégé en dessous. C'est exactement ce qui s'est passé pour le joggeur décédé en 2016 dans la baie de Saint-Brieuc, et pour l'ostréiculteur en 2019.
Bilan humain et animal : trois morts, environ quarante animaux, depuis 1989
Disons les chiffres tels qu'ils sont. Depuis 1989, en Bretagne, les marées vertes ont coûté la vie à trois personnes et à environ quarante animaux (chevaux, sangliers, chiens). Le volume annuel d'algues échouées oscille, selon les années, entre 70 000 et 150 000 tonnes, d'après les données Bretagne-environnement. Cent quarante et un sites côtiers ont été touchés au moins une fois depuis 2002.
Ce ne sont pas des accidents isolés. C'est une mécanique répétée année après année.
Juin 2025 : l'État reconnu partiellement responsable d'un décès
Et voilà l'actualité chaude. En juin 2025, le tribunal a reconnu l'État français partiellement responsable de la mort de Jean-René Auffray, retrouvé sans vie en 2016 sur une plage couverte d'algues vertes. Le Monde a couvert l'affaire le 24 juin 2025. C'est une première juridique majeure.
Personnellement, je trouve scandaleux qu'il ait fallu attendre 2025 — soit trente-six ans après la première mort documentée — pour qu'une juridiction reconnaisse cette responsabilité. Trente-six ans pendant lesquels les rapports s'empilaient, les condamnations européennes tombaient, et les baies continuaient de verdir. On ne peut pas se contenter d'expliquer le mécanisme biologique sans poser la question politique qui va avec.
La laitue de mer alimentaire : une algue verte comestible aux qualités exceptionnelles
Bon. Maintenant qu'on a posé le contexte, parlons de l'autre face. Celle que les Japonais ont compris bien avant nous, celle que nos grands-mères bretonnes utilisaient discrètement dans les soupes, et celle qu'on commercialise chez Biovie depuis bientôt deux décennies.
Profil nutritionnel : minéraux, fer, calcium, iode, vitamines
La laitue de mer fraîche, récoltée vivante à pied dans une eau saine, présente une composition nutritionnelle remarquable. Elle apporte du fer, du calcium, du magnésium, de l'iode, des vitamines du groupe B, et tout cela sous une forme facilement intégrable au quotidien.
Le fer contribue au fonctionnement normal du système immunitaire et à la formation normale des globules rouges. Le calcium contribue au fonctionnement normal des muscles et au maintien d'une ossature normale. L'iode contribue à la production normale d'hormones thyroïdiennes et au fonctionnement normal du système nerveux. Toutes ces allégations, conformes au registre EFSA, s'appliquent dans le cadre d'une alimentation variée et équilibrée et d'un mode de vie sain.
Avec Aurélie, dans Algues au quotidien (Gallimard, 2024), nous avons consacré un chapitre entier à la laitue de mer parce qu'elle nous semble la plus accessible des algues bretonnes pour quelqu'un qui débute. Goût doux, texture fine, polyvalente en cuisine. C'est l'algue d'entrée de gamme, dans le bon sens du terme.
Comment la consommer : tartare, salade, condiment
En pratique, la laitue de mer s'utilise de plusieurs façons. Une cuillère à soupe de paillettes séchées réhydratées dans un peu d'eau, et vous obtenez une garniture pour salade. Une cuillère à café de tartare d'algues sur une tranche de pain au levain, c'est un apéritif classique de la maison. Quelques pincées dans un bouillon, dans un dahl, dans une vinaigrette. Rien de compliqué.
Pour ma part, je commence souvent la journée avec une omelette aux paillettes de laitue de mer — c'est devenu un rituel. Vous trouverez ma recette de tartare d'algues sur le blog. Pour aller plus loin sur les usages culinaires, le guide complet du tartare d'algues fraîches bretonnes détaille toutes les variantes que nous avons testées avec Aurélie.
Découvrez notre tartare d'algues fraîches bretonnes — le condiment qu'on utilise à la maison toute l'année.
La filière bio française : Roscoff, Bretalg, récolte à pied
La récolte alimentaire n'a strictement rien à voir avec ce qui se passe dans les baies eutrophisées. Les récoltants bio bretons travaillent à pied, à marée basse, sur les algues vivantes uniquement, jamais sur les algues échouées. Les zones de récolte se concentrent autour de Roscoff — classée par l'UNESCO pour la richesse de sa biodiversité marine — et plus largement sur le nord-ouest breton, en dehors des baies enclavées sujettes aux marées vertes.
Notre partenaire historique, Bretalg, est le plus ancien récoltant bio d'algues de France. Nous travaillons avec eux depuis 2017. Les algues sont récoltées manuellement, lavées en eau de mer filtrée, puis séchées à basse température (40 °C maximum) pour préserver les enzymes et les vitamines thermosensibles. Chaque lot fait l'objet de contrôles bactériologiques et de mesures des teneurs en métaux lourds. La réglementation française impose depuis 2020 un seuil maximal de 0,35 mg de cadmium par kilo de matière sèche pour les algues alimentaires (saisine ANSES 2017-SA-0070) — c'est presque dix fois plus strict que le seuil européen pour les compléments alimentaires (3 mg/kg).
Vingt-cinq espèces d'algues sont autorisées à la consommation alimentaire en France depuis 1990, liste mise à jour en 2014 par le CSAVM. La laitue de mer en fait partie. C'est l'algue verte alimentaire de référence. Le panorama complet des algues alimentaires détaille la diversité de cette filière encore largement sous-développée chez nous.
L'argument biologique que personne ne vous explique : les algues poussent par osmose
Voici un point pédagogique fondamental, et pourtant rarement expliqué. Comprendre ça, c'est comprendre tout le reste.
Les algues n'ont ni racine, ni feuille, ni fleur. Ce sont des organismes d'une simplicité radicale. Elles absorbent leurs nutriments — azote, phosphore, minéraux, oligo-éléments — directement par toute la surface de leur thalle, par osmose, depuis le milieu liquide qui les entoure.
Trois conséquences majeures, et c'est là que ça devient intéressant.
Premièrement : une algue reflète instantanément la qualité de son milieu. Récoltée dans une baie saturée en nitrates, elle est saturée en nitrates. Récoltée à Roscoff dans une eau préservée, elle est nutritionnellement excellente, propre, équilibrée. C'est pour cette raison qu'on ne récolte jamais d'algues alimentaires dans les baies eutrophisées — c'est une règle de base de la filière.
Deuxièmement : une algue ne bioaccumule pas comme les coquillages ou les gros poissons. Les huîtres et les moules filtrent l'eau et concentrent les polluants dans leurs tissus pendant des mois. Les thons et les espadons accumulent le mercure tout au long de la chaîne alimentaire. L'algue, elle, est un miroir instantané de son environnement. Si l'eau est propre aujourd'hui, l'algue est propre aujourd'hui. C'est mécanique.
Troisièmement — et c'est précisément ça, le mécanisme des marées vertes — une algue détachée et ballottée en eau riche continue de croître. Les ulves arrachées par les courants ou la marée dérivent dans la baie tant que les nitrates abondent. Elles se reproduisent, prolifèrent, gonflent en biomasse, jusqu'à atteindre les seuils visibles depuis les avions de surveillance.
Voilà pourquoi la solution ne se trouve pas dans la mer. Elle se trouve dans les bassins versants, dans les pratiques agricoles, dans le rapport entre l'azote épandu sur les champs et la capacité d'absorption des sols. Tant que la cause amont n'est pas traitée, l'algue continuera de répondre — par millions de tonnes — à ce qu'on lui offre.
Pour aller plus loin, explorez le guide complet des algues comestibles bretonnes.
Comment distinguer une algue verte saine d'une algue qui prolifère
En pratique, sur le terrain, comment fait-on la différence ? Voici trois tests simples, ceux que j'apprends à faire à toute personne qui m'accompagne sur une côte bretonne.
Le test visuel : algue vivante vs algue échouée
L'œil ne ment pas, à condition de savoir ce qu'on regarde.
Une algue vivante (récoltée à pied) est verte vive, sa structure est intacte, le thalle est entier et souple, elle est encore fixée à un support ou flotte juste sous la surface. Couleur uniforme, vert salade. Une algue échouée (marée verte), à l'inverse, présente des plaques jaunâtres, une croûte sèche au-dessus, une masse compacte en dessous. Le vert tire vers le brun, le jaune, le blanc selon le stade de décomposition.
Le test olfactif : « iodé doux » vs « œuf pourri »
Le nez ne ment jamais.
- Algue vivante : odeur iodée, fraîche, marine. Comme une huître ouverte sur le quai du port.
- Algue échouée en putréfaction : odeur d'œuf pourri, de soufre. C'est le H2S qui se dégage. Si vous sentez cette odeur, vous reculez. Sans hésitation.
J'ai eu l'occasion, lors d'une visite chez Bretalg, de marcher dans la même journée sur deux plages voisines : l'une avec une récolte en cours, sur laitue de mer fraîche en pleine eau, et l'autre plus loin sur une autre plage où s'accumulaient quelques mètres cubes d'ulves échouées depuis trois ou quatre jours. La différence olfactive est saisissante. À cinq mètres, vous savez sans réfléchir laquelle vous mangerez.
La règle d'or : ne jamais ramasser d'algue échouée
Je vais le redire parce que c'est important. Aucune algue alimentaire ne se ramasse échouée sur la plage, même si elle paraît fraîche. La filière bio le proscrit absolument. La récolte se fait sur algue vivante, à pied, à marée basse, et uniquement sur les zones autorisées et contrôlées par les organismes de certification. Si vous trouvez de la laitue de mer sur une plage et que vous êtes tenté de la cuisiner — ne le faites pas. C'est une règle simple : si elle ne bouge plus, vous ne la touchez plus.
En synthèse, voici les critères qui distinguent les deux situations :
- Apparence : verte vive et structure intacte pour l'algue vivante ; plaques jaunâtres, croûte et masse compacte pour l'algue échouée.
- Odeur : iodée douce et fraîche pour l'algue vivante ; œuf pourri et soufre pour l'algue échouée.
- Composition : minéraux assimilables et vitamines pour l'algue vivante ; H2S, ammoniac, micro-organismes de putréfaction pour l'algue échouée.
- Usage : alimentaire après contrôles pour l'algue vivante ; aucun, danger sanitaire pour l'algue échouée.
- Récolte autorisée : oui (filière bio agréée) pour l'algue vivante ; non, jamais, pour l'algue échouée.

Que faire face à un dépôt d'algues vertes sur une plage ?
Voici les recommandations concrètes, validées par les autorités sanitaires bretonnes.
D'abord, ne marchez pas sur les croûtes sèches. C'est sous elles que se concentre le H2S. Si vous voyez une plage où des plaques jaunâtres se sont formées, contournez-les largement. Ne laissez pas d'enfants ni d'animaux s'en approcher.
Ensuite, fiez-vous aux signalisations municipales et préfectorales. En cas de pic de concentration, certaines plages sont fermées temporairement à la baignade et à la fréquentation. Air Breizh assure le suivi des concentrations en H2S sur les sites les plus exposés et publie ses données.
Enfin, si vous ressentez un mal de tête soudain, des nausées, une irritation des yeux ou des voies respiratoires en présence d'une odeur de soufre, éloignez-vous immédiatement et consultez un professionnel de santé. Les premiers signes d'intoxication au H2S apparaissent vite, et la gravité peut monter en quelques minutes.
Manger des algues bio bretonnes, un acte cohérent contre les marées vertes
Voici ce que je veux dire pour conclure, et je vais le formuler simplement. Choisir une laitue de mer issue de la filière bio bretonne, c'est choisir l'opposé exact du système qui produit les marées vertes.
D'un côté, vous avez l'agriculture intensive de masse, les épandages excessifs, le ruissellement des nitrates, et au bout de la chaîne, des plages couvertes de pourriture toxique et un État condamné par la justice européenne et française.
De l'autre, vous avez une filière artisanale, des récoltants à pied qui connaissent leurs zones par cœur, des contrôles bactériologiques par lot, des seuils de cadmium dix fois plus stricts que la moyenne européenne, et une algue qui, en plus d'être nutritionnellement précieuse, contribue à entretenir l'écosystème de l'estran. Les Japonais d'Okinawa l'ont compris depuis des siècles : la consommation régulière d'algues figure parmi les facteurs étudiés pour expliquer leur longévité exceptionnelle.
C'est la même algue. Mais ce n'est pas le même rapport au vivant.
Et puis il y a un aspect qu'on oublie souvent : les algues, en tant qu'organismes photosynthétiques marins, font partie des puits de carbone côtiers. Soutenir une filière bio qui les valorise sans dégrader la ressource, c'est aussi un geste cohérent pour la santé des littoraux. À côté de la laitue de mer, on trouve dans la même filière des algues comme le wakamé breton ou l'haricot de mer breton, tous récoltés selon les mêmes principes. Cette diversité fait partie des superaliments de la mer que nous avons à portée de main, à condition de savoir où les chercher.
En pratique : par où commencer
Si vous découvrez les algues alimentaires, voici comment je vous suggérerais d'avancer.
- Commencez par le tartare d'algues fraîches bretonnes. C'est l'usage le plus immédiat, le plus convivial, et celui qui convertit le plus vite. Une cuillère à café sur du pain, et vous comprenez.
- Continuez avec des paillettes de laitue de mer séchée. Pratique, économique, à saupoudrer sur tout. Une cuillère à soupe par jour suffit largement.
- Ensuite, élargissez la palette. Wakamé, dulse, haricot de mer, nori. Chacune a son caractère.
Pour aller plus loin, Algues au quotidien (Gallimard, 2024), que nous avons co-écrit avec Aurélie, propose plus d'une centaine de recettes du quotidien — de l'apéritif au dessert. C'est l'ouvrage que j'aurais voulu lire quand j'ai commencé, il y a trente ans.
FAQ : vos questions sur les algues vertes en Bretagne
Pourquoi y a-t-il des marées vertes en Bretagne ?
Trois facteurs réunis : une géographie de baies sableuses peu profondes, un excès massif d'azote (nitrates) déversé par les fleuves côtiers à plus de 90 % d'origine agricole selon la Cour des comptes (2021), et la présence d'une espèce d'algue verte opportuniste, Ulva armoricana. Sans cumul de ces trois conditions, pas de marée verte.
La laitue de mer alimentaire est-elle vraiment la même algue que les marées vertes ?
Oui. Ce sont les mêmes espèces d'ulves, principalement Ulva armoricana. La préfecture de Bretagne reconnaît elle-même officiellement cette comestibilité. Ce qui change tout, c'est le milieu et le mode de récolte : algue vivante en eau saine pour la filière alimentaire, algue échouée et putréfiée pour les marées vertes.
Est-ce que les algues vertes sont toxiques pour l'homme ?
L'algue elle-même n'est pas toxique. C'est sa décomposition qui pose problème. Quand de grandes quantités s'échouent et fermentent sans oxygène sous une croûte sèche, elles libèrent de l'hydrogène sulfuré (H2S), un gaz mortel à forte concentration. Trois personnes en sont décédées en Bretagne depuis 1989.
Peut-on manger les algues échouées sur la plage ?
Non, jamais. Aucune algue alimentaire ne se ramasse échouée, même si elle semble fraîche. La filière bio française l'interdit formellement. La récolte alimentaire se fait à pied, à marée basse, sur algue vivante, dans des zones autorisées et contrôlées. Une algue échouée est en début de putréfaction et présente un risque sanitaire.
Comment Biovie garantit que ses algues bretonnes sont saines ?
Nos algues proviennent de Bretalg, plus ancien récoltant bio d'algues de France, partenaire de Biovie depuis 2017. Récolte manuelle à pied, dans des zones préservées (Roscoff, nord-ouest breton, hors baies eutrophisées), séchage à basse température (40 °C), contrôles bactériologiques par lot, certification bio, respect des seuils ANSES sur les métaux lourds (0,35 mg/kg de cadmium maximum en matière sèche).
Qu'est-ce qui change entre une algue récoltée à Roscoff et une algue d'une baie polluée ?
Tout. Les algues poussent par osmose et absorbent leurs nutriments directement depuis le milieu environnant. Une algue récoltée dans une eau saine est nutritionnellement excellente. Une algue de baie eutrophisée concentre les nitrates et autres déséquilibres du milieu. C'est pour cette raison que la filière alimentaire bio ne récolte que dans des zones préservées et certifiées.
Pourquoi l'État a-t-il été condamné en 2025 dans une affaire d'algues vertes ?
En juin 2025, un tribunal a reconnu l'État français partiellement responsable de la mort de Jean-René Auffray, retrouvé en 2016 sur une plage couverte d'algues en décomposition. C'est la première fois qu'une juridiction reconnaît juridiquement la responsabilité publique dans un drame lié aux marées vertes, malgré deux condamnations européennes antérieures (2002 et 2013) pour non-respect de la directive Nitrates.
Références scientifiques et institutionnelles
- CEVA. « Mécanismes et causes des marées vertes à ulves dérivantes ». Centre d'étude et de valorisation des algues, Pleubian.
- Cour des comptes (juillet 2021). « La politique publique de lutte contre la prolifération des algues vertes en Bretagne ». Rapport public thématique.
- Chevassus-au-Louis B., Andral B., Bouvier M., Féménias A. (mars 2012). « Bilan des connaissances scientifiques sur les causes de prolifération de macroalgues vertes — Application à la situation de la Bretagne et propositions ». CGEDD/CGAAER.
- ANSES (juillet 2020). Saisine n° 2017-SA-0070. « Avis relatif à la teneur maximale en cadmium dans les algues alimentaires ».
- Haut Conseil de la Santé Publique (2021). « Avis relatif aux seuils d'intervention et aux mesures de gestion pour prévenir les effets sur la santé des populations exposées à l'hydrogène sulfuré provenant d'algues vertes échouées sur les côtes ».
- Le Monde (24 juin 2025). « Algues vertes : l'État reconnu partiellement responsable de la mort d'un homme en Bretagne ».
- Préfecture de la région Bretagne (mise à jour 29 sept. 2025). « Prolifération des algues vertes en Bretagne ».
- Air Breizh / Bretagne-environnement (2024). « Suivi des concentrations en hydrogène sulfuré à proximité des zones de dépôts d'algues vertes — Saisons 2022, 2023 ».
Mise à jour : mai 2026. Article validé par Éric Viard, fondateur de Biovie et ingénieur ISTOM, co-auteur de « Algues au quotidien » (Gallimard, 2024) — Meilleur livre de cuisine au monde, Gourmand Cookbook Awards 2025, et Meilleur livre de cuisine de France, Académie Nationale de Cuisine 2025.
Avertissement : Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif et ne constituent pas un avis médical. Consultez un professionnel de santé qualifié avant toute modification de votre alimentation ou supplémentation. Dans le cadre d'une alimentation variée et équilibrée et d'un mode de vie sain.






